Inceste : deux sœurs face à leur père aux assises
Tahiti, le 8 octobre 2026 - Accusé d’avoir violé et agressé sexuellement ses trois filles, un père comparaît devant la cour d’assises pour des faits qui se seraient étendus sur plusieurs années. Ce jeudi, deux de ses filles ont confirmé les accusations à la barre, se soutenant mutuellement dans un récit marqué par les violences, les menaces et le silence imposé. L’expertise psychologique décrit l’accusé comme un homme qui aurait placé ses filles dans un rôle d’épouses, au mépris de leur place d’enfants. Elles se tiennent l’une l’autre. Ce jeudi, devant la cour d’assises, deux sœurs sont à la barre pour raconter leur histoire, celle des viols, agressions sexuelles et violences qu’elles accusent leur père de leur avoir fait subir pendant des années. Une troisième soeur, mineure mais représentée par l’Apaj [Association polyvalente d'actions judiciaires], figure également comme victime. À la barre, les deux aînées confirment les faits dénoncés au cours de l’enquête. Un témoignage éprouvant, qui vient éclairer le fonctionnement d’une famille dans laquelle la violence et le silence ont progressivement pris toute la place. Les faits auraient commencé en décembre 2015, à Faa’a, alors que l’aînée était âgée de 13 ans. Selon les éléments du dossier, son père lui demande d’abord si elle accepterait qu’il lui touche les seins, puis lui impose de dormir dans son lit. Il lui fait également fumer du cannabis. Les gestes se transforment ensuite en rapports sexuels imposés, qui se sont poursuivis jusqu’aux 21 ans de la jeune femme, soit jusqu’en 2023. Au cours de cette période, l’accusé a également exigé des fellations et pratiqué des cunnilingus sur les plus grandes. Il leur a notamment imposé de garder le silence en les menaçant de violences. Selon les déclarations recueillies pendant l’enquête, le père a aussi utilisé des légumes pour pénétrer l’une de ses filles tels que des concombres, des aubergines et des poivrons, à près de 30 reprises selon le décompte de la victime. Des faits qu’il confirme aujourd’hui. L’homme a organisé ces viols en alternant les week-ends entre ses filles. Il leur a également présenté les rapports sexuels comme une solution pour éviter qu’il ne s’en prenne à leur mère. Dans ce foyer, les violences physiques — claques et coups de poing — ont contribué à installer la peur. Il n’y a “pas mort d’homme” La cadette n’a pas échappé aux violences sexuelles. Le dossier fait notamment état d’un viol commis le 2 octobre 2023, alors que la mère était absente et que les parents emmenaient leur bébé, âgé d’un mois, à l’hôpital pour des problèmes de santé. La jeune fille s’est ensuite réfugiée dans la consommation de drogues (paka) pour tenter d’oublier les faits. Elle se rappelle de l’un des viols, où après avoir quitté la chambre, le père a répondu à sa fille qui était en larmes, qu’il n’y avait “pas mort d’homme”. Les violences ont fini par être révélées au sein de la famille. Selon les éléments rapportés à l’audience, lorsque la plus jeune, toujours mineure aujourd’hui, a parlé à ses sœurs, elle leur a expliqué que leur père “mettait ses doigts dans sa poupoune”. Elle était âgée de quatre ans à ce moment-là. Les conséquences de ces années de violences sont également évoquées au cours du procès. L’aînée a notamment fait une fausse couche à l’âge de 14 ans, alors qu’elle était en classe de troisième. Elle explique aussi avoir fini par ne plus parvenir à refuser les rapports sexuels, par crainte des réactions violentes de son père, au point que les viols étaient devenus, selon ses mots rapportés, “une habitude”. La mère complice ? Placé en garde à vue le 27 novembre 2023, l’accusé a reconnu des viols et des agressions sexuelles sur l’aînée, admettant notamment que les faits s’étaient poursuivis jusqu’en 2023. Il a également reconnu des faits concernant la cadette. Lors de ses auditions, il a toutefois contesté certains éléments, affirmant notamment que les filles étaient parfois consentantes. Il a ainsi expliqué qu’elles souhaitaient d’elle-même “l’embrasser devant les autres membres de la famille”. La mère des jeunes femmes a, elle aussi, été entendue par les enquêteurs. Elle indique avoir été informée des agressions sexuelles et des viols commis sur ses filles, tout en expliquant avoir vécu sous l’emprise de la violence de son mari, également violent envers les enfants. Elle a pourtant estimé que les jeunes femmes étaient d’accord avec ce qui se passait et que la responsabilité était partagée et a expliqué avoir trop aimé son époux pour parvenir à entendre ce que ses filles lui rapportaient. Après la révélation des faits, les jeunes femmes auraient également subi des pressions de la famille paternelle. Plusieurs membres de celle-ci ont pris le parti de l’accusé, adressant des messages de haine aux victimes, qui se sont ainsi retrouvées privées d’une partie du soutien familial. Les filles placées dans un rôle d’épouses L’expertise psychologique a permis d’éclairer certains aspects du fonctionnement de l’accusé. L’homme a raconté avoir lui-même subi des attouchements sexuels à l’âge de 14 ans, de la part de l’un de ses oncles, qui l’a caressé et masturbé. Interrogée sur le rôle éventuel de ces faits dans son parcours et si, oui ou non, il y a un lien avec ce qu’il a fait subir à ses filles des années plus tard, la psychologue estime ne pas avoir retrouvé chez lui les mécanismes psychologiques que l’on peut observer dans ce type de situations. Ces antécédents ne lui apparaissent pas déterminants pour comprendre les faits reprochés. L’experte décrit plutôt un homme qui craignait de se retrouver seul et se disait particulièrement attaché à son épouse. Un attachement qui l’aurait conduit à attendre de ses filles qu’elles prennent soin de lui, le comprennent et le maternent. Lorsqu’elles ne répondaient pas à ses attentes, il avait tendance à “bouder”. Selon la psychologue, l’accusé aurait ainsi cherché à s’approprier ses filles et à les maintenir dans une position comparable à celle d’épouses, leur niant leur place d’enfants et d’adolescentes. L’expertise relève également des éléments favorables à une éventuelle réinsertion. La question du risque de récidive a enfin suscité des réactions parmi les parties civiles. La psychologue a évoqué une augmentation de ce risque à partir de quatre victimes et plus. Une appréciation qui a fait réagir les représentants des victimes, notamment au regard du contexte familial où la troisième enfant est toujours au domicile. Le procès se poursuit vendredi avec les plaidoiries. 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