“Beaucoup de petits patentés toucheront le moni rū’au”

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Tahiti, le 16 octobre 2026 - Christophe Plée tire la sonnette d’alarme. L’ancien président de la CPME explique qu’en quinze ans, le nombre d’entreprises a doublé mais ces dernières n’embauchent plus et font désormais beaucoup appel aux patentés. De ce fait, “b eaucoup de petits patentés n'auront pas de retraite”, sauf bien sûr à bénéficier du moni rū’au. En marge de l’investiture du tout nouveau président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), Frédéric Dafniet, alias Léo Marais, jeudi, l’actuel vice-président, Christophe Plée, a tiré la sonnette d’alarme concernant le recours de plus en plus fréquent des tout petits entrepreneurs de la place à des patentés. Ce dernier s’est basé sur les données du Fonds paritaire de gestion pour faire son analyse. “Cela va nous permettre de mieux visualiser, mieux comprendre comment évolue l'entreprise en Polynésie française”, a-t-il expliqué aux chefs d’entreprise présents. Christophe Plée rappelle qu’en 2010, il y avait 21 332 entreprises inscrites au Répertoire territorial des entreprises avec 48 000 salariés et qu’en 2025, on en recensait le double soit 40 907, mais avec 58 000 salariés. “Dans ce chiffre-là, on a les entrepreneurs individuels et les entreprises de plus de 500 salariés, tout est mis dans le même package”, précise-t-il. “Beaucoup d'entreprises (…) font appel à des patentés” Le vice-président de la CPME, Christophe Plée, rappelle qu’en 2010, le Fenua détenait “le record” en termes de nombre d’entreprises avec au moins un salarié. Et s’en est suivi “ la descente aux enfers à partir de 2011 et 2012” où, selon lui, 170 entreprises ont mis la clé sous la porte. Puis, avec le Covid, “ on a frôlé la deuxième catastrophe et tout ce qui a été mis en place par l'État et le Pays a sauvé les meubles. En 2020, c’est la sortie de péril avec toutes ces aides” . Au vu des données émanant du Fonds paritaire de gestion, Christophe Plée estime qu’il existe aujourd’hui entre 35 et 36 000 entrepreneurs individuels. Mais que le nombre d’entreprises avec au moins un salarié de 2011 n’a, à ce jour, toujours pas été égalé. “On était 20 000 entreprises, aujourd’hui on a plus que doublé le nombre d’entreprises, et pourtant, on n'a pas multiplié le nombre d'emplois”, constate-t-il. Il précise également que ce sont les moyennes entreprises et les grosses entreprises qui ont créé les emplois salariés. L’actuel vice-président de la CPME estime d’ailleurs que les jeunes entrepreneurs “n'ont pas la même appétence que ceux qui étaient là en 2009-2010 pour l'emploi salarié”. Il pointe également du doigt les contraintes liées à l’embauche de personnel et aujourd’hui, les autoentrepreneurs “ne veulent pas les contraintes comme faire les fiches de salaire, les cotisations sociales, avoir toute la lourdeur administrative, le respect du code du travail…” Selon Christophe Plée, les nouveaux entrepreneurs préfèrent désormais faire appel à des prestataires plutôt que d’embaucher “ et nous, on dit attention, le modèle, c'était le salariat. Aujourd'hui, beaucoup d'entreprises, en tout cas de jeunes entrepreneurs, ne font plus appel à des salariés, elles font appel à des patentés”, dit-il avec beaucoup d’inquiétude. Les patentés préparent-ils leur retraite ? Christophe Plée rappelle que lorsqu’on fait appel à des patentés, “ on ne paie pas de cotisation sociale, il n’y a pas non plus de congés payés et d'arrêt de travail, la vie est belle, on n'a pas toutes ces charges-là, c'est ça la réalité” . Il assure que si cette situation perdure dans le temps, cela pourrait “créer des distorsions” entre les entreprises qui ont des salariés et qui paient toutes les charges comme les retraites, et celles qui font appel à des patentés et qui ne paient aucune charge. “Donc, on a fait nos calculs, et c'est 60 % de différence. Et la crainte, c'est de mettre en opposition le statut de salarié avec le statut d'entrepreneur individuel” . Le vice-président de la CPME estime que la situation pourrait même devenir catastrophique : “On aura des gens de différentes catégories, avec ceux qui sont très avantagés, et ceux qui le sont beaucoup moins. Parce que tous ces gens qui ne sont pas salariés, est-ce qu'ils préparent leur retraite ? C'est la question que je pose. Qu'est-ce qu'ils auront pour vivre à la fin ? Puisque personne n'aura cotisé pour eux.” Christophe Plée interpelle le Pays et lui demande de se pencher sur cette situation. “Il faut analyser et comprendre pourquoi nos petites entreprises ne créent pas les emplois (…) car les habitudes ont changé”. “Il y a deux mondes en Polynésie qui se sont créés”, assure Christophe Plée qui ajoute qu’en Nouvelle-Calédonie, “ils ont tout de suite arrêté ça. Aujourd'hui, en Polynésie, on a un poste et demi d'inspecteur du travail qui fonctionne au lieu de cinq”, regrette-t-il. La création d’un régime de retraite pour les patentés Christophe Plée rappelle que ce travail incombe au gouvernement. “C’est son job de réguler l'emploi”. Il regrette que le gouvernement actuel ainsi que celui d’Édouard Fritch ne l’aient pas fait. Rappelons d’ailleurs que le Cesec s’est déjà penché à deux reprises sur le statut des patentés. Et les conseillers avaient estimé que si cette tendance augmentait, ce serait “un manque à gagner considérable pour la Caisse de prévoyance sociale qui, non seulement ne perçoit de leur part que peu de cotisations, mais devra également, à terme, verser le minimum retraite, financé lui principalement par les salariés” . Les représentants de la société civile ont même émis des préconisations comme “imposer l’affiliation au régime des non-salariés à la CPS comme condition préalable à l’obtention d’une patente auprès de la CCISM” ou encore de “croiser les données de la CCISM et de la CPS pour s’assurer de l’affiliation au régime maladie de l’ensemble des entrepreneurs individuels” . La Chambre territoriale des comptes avait également soulevé, dans son rapport concernant la politique sociale du Pays, que “le travail illégal fausse les mécanismes de solidarité par un manque à gagner pour les régimes contributifs de la protection sociale généralisée (RGS et RNS) et en privant le travailleur des prestations liées à ce statut” . Pour pallier ce problème, le vice-président de la CPME, Christophe Plée, propose la création d'un régime de retraite pour les non-salariés. “On sait qu'il y a beaucoup de petits patentés qui n'auront pas de retraite, qui toucheront le moni rū’au. Donc il faut créer un fonds par capitalisation où ils peuvent, en fonction de ce qu'ils gagnent, mettre dedans et puis pouvoir bénéficier de ce qu'ils auront mis de côté pendant toute leur activité pour bénéficier d'une retraite comme les autres”. Tahiti-Infos, le site N°1 de l'information à Tahiti

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