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Raimana Jordan : “Nous ne demandons pas un vote réflexe”

Tahiti, le 15 septembre 2026 – Peu implanté dans les communes et sans grand réservoir de grands électeurs, Raimana Jordan compte jouer une autre carte pour créer la surprise aux sénatoriales : celle du Rassemblement national. Le candidat de Te Nati mise sur le poids du parti au Parlement et sa dynamique à l’approche de la présidentielle de 2027 pour convaincre au-delà de son camp. Avec le panachage, il espère justement provoquer non pas un “vote réflexe”, mais un “choix clair et réfléchi”. Vous êtes technicien automobile et votre expérience se limite pour l'instant à une campagne municipale à Arue. Qu'est-ce qui vous fait penser que vous êtes aujourd'hui prêt à devenir sénateur ? “Mon parcours est une force. Je viens du terrain, du monde du travail et de la réalité quotidienne des Polynésiens. Je ne peux pas prétendre tout savoir, mais je sais écouter, travailler et défendre des solutions concrètes. Ma campagne municipale m’a permis de mieux comprendre les collectivités et d’être au contact direct de la population. Un sénateur doit porter la voix de son territoire, défendre ses intérêts et rendre des comptes. C’est exactement l’engagement que je prends.” Vous avez expliqué compter sur la popularité du Rassemblement national en France. Pensez-vous que l'étiquette RN puisse réellement peser auprès des grands électeurs polynésiens ? Et si oui, comment ? “Oui. Les grands électeurs ne voteront pas seulement pour une personne ou un projet. Le Rassemblement national que nous représentons ici en Polynésie est une force nationale importante. Il y a toute une équipe ici, avec le Te Nati d’Éric Minardi, mais aussi en France, où nous sommes représentés dans les trois instances parlementaires et avec, demain, un groupe au Sénat. C’est ce qui doit nous permettre de faire avancer les dossiers des maires et des élus. Les communes ont besoin de budgets pour réaliser leurs projets. Notre force, c’est justement cette représentation nationale : pouvoir aller à Paris défendre leurs dossiers car nous pourrons siéger dans toutes les commissions, et obtenir des moyens qui bénéficieront ensuite aux administrés.” Te Nati avance une trentaine de propositions et vous mettez en avant trois priorités : la vie chère, l'éducation et la sécurité. Si vous deviez obtenir une seule mesure pendant votre mandat, laquelle serait-elle et comment comptez-vous la faire aboutir au Sénat ? “Si je devais retenir une seule priorité, ce serait la lutte contre la vie chère. Aujourd’hui, trop de familles ont du mal à remplir leur caddie, trop de travailleurs voient leur pouvoir d’achat baisser et trop de jeunes ont du mal à construire leur avenir. Au Sénat, je défendrai des mesures concrètes pour protéger le pouvoir d’achat des Polynésiens, adaptées à nos réalités et en travaillant avec les acteurs locaux. Je ne m’arrêterai pas aux discours. Je déposerai des propositions, je les défendrai, je négocierai et je rendrai compte des résultats. Les Polynésiens n’ont pas besoin de promesses, ils ont besoin d’actions. Chez Te Nati, on a réalisé en 2025 une étude portant sur 163 produits. Selon ce comparatif avec la métropole, les prix sont en moyenne 40 % plus élevés ici. Et certains écarts sont considérables : +1 213 % pour les épices, +607 % pour les tomates ou encore +694 % pour le papier hygiénique.” Alors on le sait, c'est quand même dû notamment au fait qu'on est à 18 000 km. Donc il y a des frais d'importation importants. Mais il y a aussi un problème de marge, c'est là-dessus que vous voulez jouer, vous ? “Oui. Nous voulons faire baisser les taxes douanières sur les produits de première nécessité et élargir le bouclier qualité-prix à davantage de produits.” Vous promettez, si vous êtes élu, de faire tous les six mois le tour des 48 communes pour rendre compte de votre travail. Mais Te Nati dispose de peu d'élus locaux et donc de peu de grands électeurs acquis. Comptez-vous sur le panachage pour aller chercher des voix et créer la surprise ? “Oui. Nous avons peut-être moins d’élus que d’autres formations, mais pas moins de détermination. Une élection sénatoriale ne se gagne pas uniquement dans les appareils. Elle se gagne sur le terrain, par la présence, l’écoute et la capacité à convaincre. Nous sommes allés à la rencontre des communes pour présenter notre programme et comprendre leurs priorités. Le panachage donne aux grands électeurs une liberté réelle. Ils peuvent choisir les candidats les plus solides, les plus engagés et les plus utiles à la Polynésie. C’est l’occasion de dépasser les automatismes et de faire primer le mérite, le travail et l’intérêt des communes sur les consignes partisanes. Nous ne demandons donc pas un vote réflexe, mais un choix clair et réfléchi. Notre ambition est de dépasser notre socle, de créer la surprise et de démontrer qu’une candidature déterminée peut s’imposer lorsqu’elle porte un projet concret, une présence constante et une véritable ambition pour la Polynésie.” Si vous êtes élu, quel engagement vous prenez aujourd'hui sur lequel on pourra vous demander des comptes dans six ans ? “Je prends un engagement simple : la transparence. Si je suis élu, je veux rendre régulièrement compte de mon travail et aller à la rencontre des communes. J’ai annoncé que je ferai le tour des 48 communes tous les six mois. Je veux expliquer ce que j’ai défendu, ce qui a avancé, mais aussi ce qui n’a pas abouti. À la fin de mon mandat, les élus pourront me juger sur ces dossiers et sur ce que j’aurai réussi, ou non, à défendre. Les 48 communes, c’est vaste. Nous mettrons donc également en place des moyens de communication, avec une adresse mail, une page Facebook et de la visioconférence, pour rester au plus près des maires et des élus. Cette politique de proximité est importante pour moi.” Tahiti-Infos, le site N°1 de l'information à Tahiti

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Tarahoi veut peser dans la diplomatie du Pacifique

Tahiti, le 3 septembre 2026 – Après des années de rencontres informelles, les parlements du Pacifique passent à la vitesse supérieure. Du 7 au 11 septembre, Tarahoi accueillera la première assemblée générale de l’Assemblée interparlementaire du Pacifique (AIP/PIPA), présidée par Antony Géros. Budget, règlement intérieur et gouvernance doivent donner corps à cette nouvelle organisation et à sa “ diplomatie parlementaire”. “Il ne faut pas opposer l’Assemblée interparlementaire au Forum”, insiste toutefois le président de l’assemblée, alors que Moetai Brotherson rentrera tout juste de Palau. Pendant que les dirigeants du Pacifique se retrouvent cette semaine à Palau, les présidents de leurs parlements se préparent à prendre le relais à Tahiti. La “grand-messe”, comme la présente Antony Géros, débutera véritablement mardi matin avec l’accueil des délégations et une conférence inaugurale au titre qui résume l’ambition : “Une voix du Pacifique dans un monde divisé : diplomatie parlementaire, unité régionale et paix mondiale”. Une référence directe aux tensions géopolitiques qui traversent la région et appellent à la “vigilance”. De l’Australie à Rapa Nui, en passant par Fidji, Samoa, Palau, la Papouasie-Nouvelle-Guinée ou Wallis-et-Futuna, des délégations de toute la région sont attendues à Tarahoi. Derrière le cérémonial, l’enjeu est surtout de pérenniser une coopération longtemps restée informelle. L’histoire commence en 2013, sous Jacquie Drollet, avec la création du Groupe des parlementaires polynésiens (GPP), élargi ensuite aux Mélanésiens et Micronésiens pour devenir le Groupe des parlementaires des îles du Pacifique (GPIP). Depuis son retour au perchoir en 2023, Antony Géros pousse pour franchir une nouvelle étape et donner un cadre juridique à ce réseau. Tonga, Palau, Tahiti puis Fidji : en août 2025 à Natadola, onze parlements du Pacifique ont finalement adopté les statuts de l’AIP. “Les parlements se réveillent” Un an plus tard, cette première assemblée générale doit désormais en fixer les règles du jeu : budget et contributions des membres, règlement intérieur, demandes d’adhésion, commissions et gouvernance. L’AIP doit également passer des simples préconisations formulées jusque-là à des résolutions communes, avec l’ambition de pouvoir les porter jusque dans les instances internationales. Mais derrière cette architecture institutionnelle se dessine surtout une revendication politique. “Souvent, les exécutifs prennent la décision et viennent demander aux parlements de s’adapter ensuite aux décisions prises”, a résumé jeudi Antony Géros. Sur l’environnement, le climat, la sécurité ou encore les grands choix régionaux, il estime que les élus doivent pouvoir débattre avant que leur pays ne soit engagé. “Les parlements se réveillent” , assure-t-il : ils ne veulent plus, dit-il, “se laisser instrumentaliser par qui que ce soit”. Une revendication qui résonne particulièrement en Polynésie après la perte de la majorité du gouvernement à Tarahoi. Géros cite lui-même le classement de la zone économique exclusive en aire marine protégée parmi les sujets sur lesquels les élus n’auraient pas suffisamment été associés. “À l’époque, l’assemblée, c’était littéralement une chambre d’enregistrement. Depuis que je suis arrivé en 2023, cette ère est passée. […] Aujourd’hui plus que jamais, cette discipline de groupe a volé en éclats. On en a fait la démonstration au collectif”, a-t-il lancé jeudi. Pas un “contre-Forum” Difficile, dès lors, de ne pas faire le parallèle avec le Forum des îles du Pacifique, où Moetai Brotherson se trouve justement cette semaine à Palau. Mais Antony Géros se défend de vouloir faire de l’AIP un pendant parlementaire du Forum. “Il ne faut pas opposer l’Assemblée interparlementaire au Forum”, insiste-t-il . “Nous ne venons pas supplanter l’exécutif.” Les mêmes grands sujets pourront être abordés, mais avec, selon lui, une approche parlementaire davantage centrée sur leurs conséquences concrètes pour les populations. Les travaux s’achèveront jeudi par l’adoption d’une déclaration sur la diplomatie parlementaire dans le Pacifique. Une première occasion de mesurer jusqu’où les parlements entendent désormais porter leur propre voix, sans la confondre avec celle des gouvernements. Stéphanie Delorme Tahiti-Infos, le site N°1 de l'information à Tahiti

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